Presentation

  • : L'ENFER DU PARADIS
  • L'ENFER DU PARADIS
  • : DIAPORAMAS (tous styles) VOYAGES (tourisme) - SANTE (maigrir...) - EXTRAVAGANCES (photos insolites) - BLAGUES (vidéos gags...)- CULTURE (religion...)
  • Contact

Compteur

 

 

 


VIDEOS DE VOYAGES

VIDEOS DIVERSES

Me contacter

e-mail20.gif

19 juin 2007 2 19 /06 /juin /2007 16:27
                                        Quelques icônes suspendues grossièrement, cinq à six chaises bancales disséminées sous des  tables aussi noires et aussi grasses que les parois, et des  statuettes nichées dans des opes sombres et exiguës, constituent tout le mobilier des lieux. Au fond d'une grotte mal éclairée, on éprouve quelque difficulté à deviner une sorte de sépulture aux coins éculés par les siècles. Deux prêtres orthodoxes susurrant probablement des psaumes inaudibles, vont et  viennent d'une cavité à une autre, tentant désespérément de réguler les vagues successives des visiteurs. Les excavations, en grande partie, sont traversées de part en part par les énormes racines d'un gigantesque pistachier sauvage que l'on aperçoit dès l'arrivée sur les lieux. Il est immense. Son envergure est telle qu'il donne l'impression d'être là depuis des millénaires. Jusque là, rien de plus normal mais ce qui l'était beaucoup moins à mes yeux, c'est que celui-ci arborait des dizaines de bouts de tissus à l'instar du pistachier de mon village. Une multitude de questions s'est alors ruée sur mes pensées, m'annihilant tout raisonnement logique. "Je me trouve dans une île où les autochtones parlent grec, sont de confession orthodoxe et ont des moeurs chrétiennes... Cet arbre enguirlandé ainsi ne peut être que 'musulman' !" Me suis-je dit niaisement. La similitude était trop saisissante : le pistachier sauvage, les grappillons et surtout les bouts de tissus, il ne manquait que le tumulus. Perplexe, je me suis hâté vers la guide. "Un jour, un ou deux évangélistes venant de Jérusalem et se rendant à Rome, trouvèrent refuge dans ces excavations afin d'échapper aux païens qui les poursuivaient. Ils s'y abritèrent quelques temps et ont pu ainsi sauver leurs vies; depuis lors, ces cavités sont devenues pour les Messagers suivants, une étape de repos et surtout de recueillement à la mémoire des premiers témoins du Christ. Plus tard, après l'inhumation sous le pistachier d'une chrétienne nommée Solomonis, les lieux héritèrent d'un caractère sacré auxquels les orthodoxes donnèrent le nom de 'Catacombes de Ste Solomonis'. Au début, les femmes chypriotes venaient suspendre aux branches du pistachier un petit bout de vêtement appartenant à leurs enfants malades afin que ceux-ci guérissent. Cette tradition, que les peuplades polythéistes et nomades d'alors apportèrent de Jérusalem il y a plus de deux mille ans, était si importante que certains idôlatres, ne trouvant pas d'arbre à leur proximité, utilisaient les bords de leur puits comme point de suspension. Aujourd'hui, n'importe qui suspend n'importe quoi pour des motifs n'ayant plus aucun rapport avec la raison initiale " m'a-t-elle gentiment expliqué.
                                     "Impensable, inimaginable, inouï, incroyable... Deux mille ans ? Au minimum deux mille, que  des peuples dénués de connaissances  nouent des lambeaux de vêtements aux arbres ?" Me suis-je posé la question.
                                      Tellement absorbé  par les mille et  une questions qui s'abattaient sur ma pensée comme une nuée de criquets sur un champ de mil, je ne voyais pas le paysage que je regardais se dérouler devant mes yeux à travers la vitre du car qui nous ramenait à l'hôtel. J'avais soudain réalisé que la culture, se targuant de traditions insanes ou de coutumes oiseuses, pouvait aussi engendrer l'inculture et l'ignorance.
                                         J'ai pensé  alors  à  toutes  ces   malheureuses  gens arc-boutées aux différentes essences à la recherche d'hypothétique faveur et me suis
surtout 
souvenu de ma chère grand'mère en la revoyant arpenter sans répit les chemins escarpés menant aux sépultures, convaincue d'obtenir une intercession, une intercession somme toute, dénuée de toute logique.
                                        Cette visite m'avait tellement bouleversé que le doute des conditions de l'existence qui m'avait imprégné après la disparition de mon arrière-grand-mère, avait pris subitement en moi ce jour-là, une proportion telle que je ne pouvais plus me permettre de sombrer dans l'ignorance.

  

   
                                                                 
 

Partager cet article

Repost 0
Published by BENA - dans Livres
commenter cet article

commentaires