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29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 16:30
                                        Certes, à chacune de mes visites, je remarquais que sa raison s'étiolait de plus en plus, mais je n'aurais jamais imaginé que sa mémoire dépérisse  jusqu'à oublier mon existence, elle, que mes absences inquiétaient  et que mes présences comblaient, elle, qui me chérissait et gâtait durant mon enfance.
                                        A ce moment-là je ne comprenais pas encore comment pouvait-on ne plus se rappeler ces innombrables instants que quelques temps auparavant nous disions inoubliables, et comment les milliers de souvenirs accumulés au cours de toute une  vie pouvaient être balayés en si peu de temps par le souffle de l'oubli. Je ne savais pas non plus quoi penser lorsque je la voyais sans cesse supplier la mort, que Dieu, le seul Détenteur, semblait ne pas vouloir lui octroyer afin de  mettre fin à ses supplices. Ce Dieu auquel elle avait consacré son existence, ce Dieu qu'elle avait révéré, vénéré et loué - plusieurs fois par jour - ce Dieu auquel quotidiennement elle rendait grâce par des supplications et des libations, assurément, n'était plus à son écoute.
                                       La très belle image qui me vient souvent  à l'esprit, encore aujourd'hui, est celle où je la revois telle une orante, parée de ses habits d'apparat, les mains colorés de henné, les yeux fardés de kohol, assise sur une peau de mouton, murmurant des versets à peine perceptibles rythmés par la cadence des quatre vingt dix neuf grains qu'elle poussait l'un après l'autre, de son vieux chapelet. 
                                        C'était une dame très pieuse. Elle adorait Dieu. Elle s'était tellement prosternée tout au long de son existence en signe de soumission à Dieu, qu'elle avait sur le front une contusion semblable à une estampille attestant son ineffable foi en Lui. Elle s'était tellement agenouillée pour Lui rendre grâce que ses genoux étaient râpés comme des vieilles peaux  de bovins ayant
servi trop longtemps . Elle avait tellement égrené son chapelet pour évoquer Ses plus beaux noms que ses doigts étaient couverts de callosités à l'instar d'un travailleur manuel. Elle avait tellement proféré les versets du Coran que sa langue était desséchée comme une feuille d'automne ocre et fripée.
                                        A l'occasion d'une réunion familiale, elle avait évoqué le jour du Jugement Dernier, elle disait que tout être humain devrait avoir celui-ci à l'esprit à chaque instant de sa vie afin de parfaire ses comportements envers son prochain. Car, c'est ce jour-là  que tout défunt se présente à Dieu afin de répondre de ses actes, disait-elle. En me rappelant ces paroles, je la voyais répondre difficilement des siens, je l'imaginais s'arc-boutant avec beaucoup de  peine à un bout de la barre du Tribunal Céleste, la bouche ouverte mais ne disant mot, le regard fixe mais ne voyant rien, les oreilles tendues mais n'entendant rien; je la voyais tout démunie de  mémoire et surtout tout esseulée, loin, très loin de ma grand'mère qui était ses jambes, sa langue, ses yeux, ses oreilles... jusqu'au crépuscule de sa disparition. 

 


Suite fleche-070-1-.gifPage 13 - L'INDONESIEN

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Published by BENA - dans Livres
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